null En quoi puis-je t’aider ?

Psycho

En quoi puis-je t’aider ?

par Gwenaël Leroux

Le 20 mai 2021

4 min de lecture

En quoi puis-je t’aider ?

On peut parfois se sentir coupable de ne pouvoir être auprès de son parent malade ou fragile car on habite loin, trop loin même parfois pour un aller/retour sur un week-end. Savoir votre parent entre les mains de personnes étrangères, ça vous rend malade quand vous y pensez. Vous, vous connaissez votre proche, vous savez combien il est attaché à son indépendance, combien il est fier, lui cet ancien médecin à la retraite, qui toute sa vie a jouit d’un certain statut social, d’un certain prestige. Quelle douleur cela doit doit être pour lui d’accepter cette nouvelle vie ! Si vous habitiez à côté, vous pourriez lui apporter cette aide concrète dont il a besoin, lui éviter ainsi de faire appel à des personnes étrangères qui ne le comprennent pas.

 

Comment aider son proche âgé ?

Lorsqu’on pense à apporter son aide à une personne âgée à domicile, on pense souvent avant tout à de l’aide concrète dans les activités du quotidien : faire les courses, le ménage, préparer à manger, prendre rendez-vous chez le médecin, etc. C’est un soutien tout à fait essentiel sans quoi la personne ne pourrait poursuivre sa vie chez elle et devrait probablement intégrer un établissement spécialisé. Mais pour autant, est-ce la seule manière de venir en aide à un proche ?

L’aide concrète, qui correspond plus largement à une assistance matérielle, technique ou financière, n’est en réalité qu’une forme de soutien social parmi d’autres. Autrement dit, il existe d’autres façons d’aider son parent ou son proche ; des façons souvent perçues comme secondaires ou non essentielles, mais qui en réalité sont primordiales d’un point de vue “qualité de vie”.

 

Soutenir autrement

Il y a tout d’abord le soutien informatif. Cette forme de soutien est particulièrement précieuse dans plein d’aspects de la vie et pas seulement pour connaître les dispositifs existants en matière d’aide à domicile. Les avis, les conseils de ses proches peuvent être utiles pour aider à la décision lorsqu’on rencontre des difficultés ou face à quelque chose d’inédit pour nous. Un smartphone, internet, les applications de communication vidéo sont des outils qui peuvent être plus éloignés des usages d’une personne qui aurait quitté le monde du travail avant leur généralisation. Or, tous ces outils peuvent lui être utiles ou lui servir pour communiquer, pour jouer, se distraire, s’informer, bref pour tout un tas de raisons qui lui sont propres. On a d’ailleurs pu constater durant les périodes de confinements et de limitation des contacts physiques combien ces outils pouvaient être précieux. Tous les conseils et les astuces que l’on pourra délivrer à son proche afin qu’il s’équipe et s’approprie ces outils constituent en cela une aide précieuse.

 

Soutien psychologique

Mais au-delà de ces formes de soutien plus utilitaires, on peut aussi soutenir son proche sur le plan psychologique en lui témoignant de l’attention, en lui manifestant une écoute active, en le réconfortant, en lui disant combien il compte pour nous, en acceptant aussi ses choix et le fait qu’il a le droit de faire des erreurs comme tout le monde. On parlera de soutien émotionnel lorsque nous exprimons à l’autre les affects positifs que l’on ressent à son égard, et de soutien d’estime pour toutes les marques de confiance que nous lui adressons quant à la valeur de sa personne et sa capacité à gérer ou à faire face à telle ou telle situation.
De telles formes de soutien sont loin d’être secondaires. Elles répondent à des besoins tout aussi vitaux que manger ou éliminer. Leur défaut ne produira peut-être pas des effets aussi immédiats que le manque de nourriture, mais il est certain qu’une personne qui n’est pas nourrie sur ces plans est également vouée à dépérir mais à petit feu cette fois.

 

Télescopage !

Ces différentes formes de soutien sont souvent indissociables les unes des autres. Ainsi, une aide concrète peut être une façon d’exprimer son amour. Dans ce cas, du point de vue de celui qui apporte son aide, les deux intentions se confondent. Mais est-ce forcément le cas également du point de vue du besoin que cela nourrit réellement chez la personne qui reçoit l’aide ? Si celle-ci a besoin avant tout de regagner confiance en elle, d’alimenter son estime de soi, de se sentir utile ou simplement de sentir que la vie vaut le coup d’être vécue, et qu’autour d’elle, on s’évertue à lui rendre la vie plus simple en faisant tout à sa place, même si c’est fait par amour, cela permettra-t-il de répondre à ses besoins existentiels ?

Il y a des chances malheureusement que le soutien apporté ait plus d’effets négatifs qu’autre chose. Cela peut, par exemple, lui renvoyer une image dévalorisée ce qu’elle est devenue, renforçant son sentiment d’impuissance et d’inutilité. Elle va alors céder peu à peu à la volonté de l’autre, rentrant dans une dynamique d’inactivité et d’abandon particulièrement néfaste pour sa santé et son indépendance.

C’est toute l’ambivalence entre les intentions des uns et la perception des autres. L’écart entre les deux peut parfois être dévastateur dans les relations familiales. Prenons par exemple une fille qui donne tout ce qu’elle peut donner de son temps et de son énergie à son parent âgé. Malgré ses efforts faits de renoncements personnels et de surmenage, son parent semble non seulement ne pas percevoir son investissement, mais fait preuve d’hostilité et d’opposition permanente à tout ce qu’elle entreprend pour lui. Si l’on se place maintenant du point de vue de ce père ou cette mère, ce n’est pas tant qu’il ou elle refuse d’être aidé(e), c’est la manière d’être aidé(e) qui pose problème. Devenir l’enfant de son propre enfant, ce n’est pas possible. Cela lui inflige une telle blessure narcissique qu’il ou elle n’est pas en mesure d’accueillir favorablement ce soutien.

Cet écart indélébile entre émetteur et récepteur de l’aide est le propre de la condition humaine. Malgré la proximité que l’on peut avoir avec son proche, il n’est pas nous ! Ne partons pas du principe que nous le connaissons plus que lui-même et que nous pouvons nous passer de lui pour lui apporter notre aide. Le maintien d’une relation symétrique ou d’une réciprocité dans la relation d’aide peut être tout aussi importante que l’aide elle-même. Ne dit-on pas d’ailleurs que la manière de donner vaut mieux que ce qu’on donne ?!
 

Sur le même thème